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Le Dauphiné Libéré
- 6 octobre 2008 -
Quelque 246 millions d’euros, c’est le montant reversé aux contribuables en 2007 au titre du bouclier fiscal. Mis en place sous le gouvernement Villepin, ce dispositif évite aux contribuables de
payer plus de 60% de leurs revenus à l’État, sous forme d’impôt sous le revenu, de taxes foncières et d’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Depuis juin 2007, le plafond a même été abaissé à
50 % et inclut les taxes sociales (CSG, RDS), conformément à la promesse du candidat Nicolas Sarkozy. L’intention est louable.
Reste qu’en ces temps de disette budgétaire, soignée à coups de nouvelles taxes - comme celle sur le capital pour financer le Revenu de solidarité active (RSA) -, on est curieux de connaître le
coût et l’efficacité d’une telle mesure.
Une infime minorité
Dans cet esprit, Didier Migaud, président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, a demandé au ministère du Budget un bilan du dispositif au titre de 2007. Le Dauphiné
Libéré s’est procuré en exclusivité ce document, adressé vendredi aux membres de la Commission des finances, et aujourd’hui aux députés du groupe socialiste. Selon celui-ci, 15 066
contribuables français ont bénéficié du bouclier fiscal en 2007 (à 60% donc). “Cela représente moins de 0,04% des contribuables“, écrit Didier Migaud.
83% du coût du bouclier profite aux 10% les plus riches
Curieusement, il ne s’agit pas tous de hauts revenus. (…) 64% des contribuables concernés ont un revenu annuel inférieur à 3 753 €. Et plus d’un tiers d’entre eux vivent aussi dans les Dom-Tom,
essentiellement à la Réunion. “Des rmistes propriétaires de leur logement, pour qui la taxe foncière est élevée rapportée à leurs ressources“, explique un proche du député
socialiste.
Cependant, ce ne sont pas eux qui coûtent le plus cher à l’Etat: 2 242 contribuables bénéficiant de revenus supérieurs à 41 982€ reçoivent à eux seuls 82,9% des sommes reversées par le fisc. Soit
84 700€ chacun en moyenne.
Mieux encore, 671 redevables, disposant d’un patrimoine supérieur à 15,53 millions € (soit 77 fois le patrimoine moyen d’un Français!) se réservent 68 % du gâteau. Cela représente “2 euros
sur 3 payés au titre du bouclier fiscal“, précise Didier Migaud. Chacun d’eux reçoit de l’Etat un cadeau de 231 900€ en moyenne.
27 bénéficiaires déclarent un revenu inférieur au smic
Le plus étonnant? Treize de ces “nantis” déclarent un revenu annuel inférieur à 3 753 € (moins qu’un RMI) ! Et 27 d’entre eux affichent moins de 12 964 € par an (moins que le smic). De riches
héritiers ayant opté pour une vie de bohème? Des rentiers incapables de tirer davantage de revenus de leur patrimoine? Non, des contribuables exploitant au mieux les niches fiscales, telles que
les investissements défiscalisés dans les Dom-Tom ou les travaux de restauration de certains bâtiments classés (loi Malraux). “Ils font un usage intensif des dispositifs de minoration du
revenu imposable“, explique le député socialiste isérois. Moyennant quoi ces petits malins ne paient pratiquement pas d’impôt sur le revenu: 47 € en moyenne pour les 13 évoqués, dont le taux
d’imposition est donc inférieur à 1,25%. Par ailleurs, chacun d’eux reçoit du fisc un chèque de 141 704€ destiné à maintenir son imposition globale sous de 60%. Conséquence: son ISF, qui devrait
être de 162 353€, se réduit à 20 649€…
“Ce bilan fait prendre conscience de l’injustice de notre système fiscal que les niches ne font qu’amplifier“, conclut ce proche de Didier Migaud. Ce ne devrait pas s’améliorer en 2008
dans la mesure où le plafond du bouclier fiscal a été baissé et sa base augmentée.