Jeudi 2 octobre 2008 4 02 10 2008 17:32
Tribune parue dans Le Monde du 2 octobre 2008

Le monde a peur et beaucoup de français aussi. Malgré les apaisements officiels, les épargnants se demandent si leurs avoirs ne vont pas disparaître dans la tourmente. Les chefs d’entreprise constatent un fort ralentissement des affaires et du crédit. De nombreux salariés et retraités s’inquiètent. La prétendue séparation entre une Amérique gangrenée et une Europe immunisée, entre une finance fragile et une économie réputée solide, cette séparation vole en éclats. Les dirigeants en place agissent comme ils le peuvent, mais leurs errements passés renforcent souvent les inquiétudes plutôt qu’ils ne les apaisent. Que faire ?

Comprendre qu’il n’y a pas une crise mais au moins trois. Et simultanément agir.

La première crise est américano-mondiale. Tout est effectivement parti des Etats-Unis, les subprimes et le reste. Pourquoi ? Parce que ce pays domine et symbolise notre système. Cette crise là, celle qui restera dans les mémoires comme la marque spécifique de 2008, c’est la grande crise de l’argent fou. Il était fou de prêter sans garanties ni limites, en escomptant que la valeur des biens immobiliers monterait jusqu’au ciel et permettrait aux emprunteurs de rembourser. Il était fou de transformer, bonus astronomiques à la clé, des déchets toxiques financiers en créances titrisées, permettant de spéculer dans l’opacité. Il était fou d’évaluer les actifs des entreprises à leur cours instantané, transformant par là-même les baisses en effondrements. Il était fou de laisser les agences de notation sans visibilité ni contrôle suffisant, les fonds spéculatifs broyer impunément leurs proies, et les paradis fiscaux abriter toute cette folie d’enfer, eux qui cesseraient d’exister si les principales nations le décidaient vraiment, comme je l’ai souvent dans le passé demandé au nom de la France. Bref, il était fou de faire de l’argent une religion et du tout-marché son grand prêtre.
Cela, que nous n’avons cessé à gauche de dénoncer depuis des années, éclate aujourd’hui à la face du monde et provoque des ravages en série sur les plans financier, économique, social. Les anti-Etatistes d’hier, ouvriers de la 25ème heure, se mettent à nationaliser et appellent à l’unité nationale… Il faut revenir à plus de cohérence. L’urgent, c’est d’assurer la liquidité des banques, la continuité du crédit et garantir les dépôts. Une fois le calme revenu, ce serait une nouvelle folie d’oublier combien la secousse a été grave : c’est toute la thèse libérale de l’auto-régulation ou de la régulation par le seul marché qui s’est effondrée. Une nouvelle ère doit s’ouvrir. Elle devra être beaucoup moins favorable aux spéculateurs patentés et aux fortunes-champignons, beaucoup plus propice à la définition et au respect de règles mondiales, beaucoup plus fondée sur le rôle régulateur de la puissance publique internationale, nationale et locale. Il faudra reprendre point par point les dérives que j’ai citées afin d’y apporter des parades. C’est un travail énorme. Il s’agit de faire cesser ou en tous cas de réduire la distorsion gigantesque entre la sphère de la finance et celle de la production. Après un sommet mondial élargi au-delà des pays du G8, le FMI devra contribuer à préparer ces changements puis à les mettre en oeuvre. Il est le mieux placé pour le faire. Les libéraux ont failli, qu’on en tire les conséquences.

La deuxième crise est européenne. Contrairement à ce qu’on nous ressasse, l’Europe n’est pas immunisée contre le krach américain. D’abord parce que la mondialisation est à l’oeuvre. Ensuite parce que l’argent-fou exerce aussi son emprise sur notre continent. Enfin parce que l’Union Européenne ne dispose malheureusement pas de la même puissance de réaction que le gouvernement américain. Là est le paradoxe européen : une situation plus saine, mais des moyens pour réagir plus limités. Sans revenir sur des débats passés, délicats mais essentiels, je constate qu’en Europe il n’y a toujours pas de véritable pilotage économique commun, ni de faculté pour l’Union d’emprunter elle-même, ni de lien très étroit entre responsables politiques et Banque Centrale Européenne, ni d’autorité commune de régulation. C’est pourtant cela dont nous avons besoin, que j’ai réclamé avec d’autres et qu’on nous a refusé.

Dans ce contexte, comment agir à l’échelle européenne ? En nous coordonnant le mieux possible, malgré tout, entre Gouvernements nationaux et avec la Banque Centrale, qui devrait baisser ses taux. En proposant aussi que l’Union Européenne agisse pour muscler la croissance. Une chose en effet est de stabiliser le système financier, autre chose est de soutenir la croissance, ce qui s’avère indispensable. Je souhaite que l’Europe, avec le relais de la Banque Européenne d’Investissement, décide rapidement un plan massif d’investissements utiles : dans les économies d’énergie et les sources nouvelles d’énergie notamment pour le logement, ce qui soutiendra l’immobilier ; dans les grands équipements de recherche et les technologies nouvelles, ce qui favorisera l’innovation ; dans les transports, au service de l’écodéveloppement. Sans oublier de fixer un cadre précis et transparent à l’intervention des Fonds souverains extra-européens : sinon, la faiblesse de nos munitions contrastant avec l’énormité de leurs ressources, ils ramasseront rapidement le meilleur du disponible européen, et bien au-delà. Quels que soient ses manques, il faut miser sur l’Europe. Elle seule est à la mesure de cette crise du système.

Enfin, il existe une dimension proprement française. Les efforts du Gouvernement pour masquer ses responsabilités passées ne trompent que ceux qui veulent l’être. Ce n’est tout de même pas à cause des faillites américaines de Septembre que le chômage a bondi en France au mois d’Août ! Ce n’est pas non plus à cause de la crise financière de 2008 que les déficits budgétaires, sociaux et commerciaux français se sont dangereusement creusés depuis plusieurs années, cependant que la compétitivité de nos entreprises reste insuffisante et l’injustice de notre fiscalité choquante. Il y aurait une anthologie à établir sur les analyses erronées, promesses fallacieuses et actions injustes menées par ce pouvoir depuis seize mois. Pourtant, pas un mot de regret de sa part ou même simplement le constat des faits. Ce constat, c’est que le Président actuel et la plupart des ministres n’ont rien vu venir. Ils ont dilapidé les quelques marges de manoeuvre du budget. Et ils continuent. Ils parlent du réarmement nécessaire de la puissance publique, mais ils veulent maintenant, quoiqu’ils prétendent, ouvrir la voie à une privatisation de la poste, réduire les moyens des collectivités locales et mettre l’éducation à la diète. Réformer l’Etat, bien sûr ! Mais quelques décisions courageuses devraient s’imposer au Gouvernement français, notamment celles-ci : qu’il suspende la majeure partie du paquet fiscal pour la consacrer moitié à une réduction du déficit, moitié au triangle du futur, éducation - recherche - investissement ! Qu’il encourage fiscalement les entreprises qui investissent ! Qu’il subordonne les exonérations de cotisations sociales pour les grandes entreprises à la conclusion d’accords salariaux ! Qu’il redonne un peu d’air au logement ainsi qu’aux collectivités locales, responsables de 75 % de l’investissement public. Bref, qu’il arrête la politique du fil de l’eau car elle nous conduit, tempête calmée ou non, vers le destin - que je refuse - d’un pays de deuxième zone, à la créativité amputée et aux salariés précarisés.

Face à ces trois crises, cumulatives mais distinctes, la France et l’Europe doivent agir ensemble. Elles n’ont pas besoin qu’au sommet de l’Etat on s’agite, de préférence sous le regard des caméras. Elles ont besoin de responsables sérieux, qui diagnostiquent juste et agissent fort.

Laurent FABIUS
Député, Ancien Premier Ministre
et Ministre de l’Economie et des Finances

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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 10 2008 09:04

PARIS, 1 oct 2008 (AFP) - Martine Aubry, maire (PS) de Lille, a demandé mercredi que l’argent public dépensé pour enrayer la crise financière serve “d’abord à la protection des petits épargnants et à la relance de l’économie”.

“L’argent public doit servir d’abord à la protection des petits épargnants, et à la relance de l’économie, et pas à soutenir des responsables financiers qui demain, si les choses s’arrangent, recommenceraient exactement de la même manière”, a déclaré Mme Aubry lors d’une conférence de presse.

Chef de file d’une motion pour le 75e congrès du PS en novembre, l’ex-numéro 2 du gouvernement Jospin était entourée des quatre porte-parole dont elle a annoncé la nomination: les députées Laurence Dumont, Catherine Lemorton et Sandrine Mazetier et Laurence Rossignol, vice-présidente de la région Picardie.

“Les Français, a affirmé Mme Aubry, perdent de l’argent sur leur épargne, parce que le cours de leurs actions ou de leurs placements en assurance-vie baisse. Je crois qu’ils comprendraient mal que notre soutien aille aux banques sans que, en parallèle, ces crédits soient remboursés par les banques quand ça ira mieux” et sans que des fonds publics servent à “relancer l’économie, relancer le pouvoir d’achat, relancer l’investissement”.

La maire de Lille a mis en garde contre “une réponse de très court terme, qui ne traiterait pas avec justesse, avec justice, l’utilisation des fonds publics et qui ne traiterait pas le fond de la crise économique”. Car, a-t-elle estimé, “nous ne sortirons pas de la crise si nous ne soutenons pas
l’économie de manière forte”.

Mme Aubry a accusé Nicolas Sarkozy d’”ajouter de la crise à la crise”, notamment parce que le gouvernement “s’apprête à prendre les excédents des caisses d’épargne” qui servent à financer la construction de logements sociaux, secteur gros pourvoyeurs d’emploi. “Sa politique libérale nous a
conduits à un fiasco économique et social”, a-t-elle ajouté.

La dirigeante socialiste s’en est pris à la volonté affirmée par le chef de l’Etat de “moraliser le système”. Il ne s’agit pas de “moraliser le système, car c’est le coeur du système qui est en cause”, a plaidé Mme Aubry, réfutant la thèse d’un accident de parcours.

“Ce que nous demandons, c’est un débat national sur les propositions de l’opposition”, a-t-elle conclu.

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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 14:12

Martine Aubry était l’invitée sur France 2 de l’émission “Les 4 vérités”, animée par Françoise Laborde.

Pour visionner en ligne l’émission : c’est ici.

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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 10 2008 10:44

« Le cœur a ses raisons, que la raison ne connaît point ; on le sait en mille choses », écrivait Pascal.

Je pourrais en mille mots vous expliquez les raisons de mon adhésion à la motion de Martine Aubry.

Plus simplement, son discours me prouve qu'il y a encore quelques socialistes au Parti qui portent l'Espoir d'une société plus fraternelle, plus équitable où chacun peut s'émanciper et le porter au plus haut de lui-même, où l'école donne réellement sa chance à chacun, où chacun peut prétendre à l'égal accès aux droits.

Je suis certain que nombreux sont les femmes et les hommes qui croient encore en l'avenir et au retour à nos vraies valeurs, qui croient en l'union des forces de gauche autour du PS, force centrale de la gauche.

Pour ces quelques raisons, et beaucoup d'autres, je soutiens la motion D qui pourra « Changer à gauche pour changer la France ».

Amitiés Socialistes,

Olivier Smadja
Secrétaire de section (Yitzhak Rabin - Israël)

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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 09 2008 23:27
New York, le 08 octobre
Londres, le 09 octobre
Madrid, le 09 octobre
Berlin, le 14 octobre
Casablanca, le 14 octobre
Dakar, le 15 octobre
Bruxelles, le 16 octobre
Genève, le 18 octobre
Milan, le 22 octobre
NRW, le dimanche 26 octobre à 18 heures au siège du SPD-NRW à Düsseldorf
Varsovie, le 27 octobre
Boston, le 27 octobre
Hong-Kong, le 31 octobre
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