Samedi 1 novembre 2008

PARIS, 31 oct 2008 (AFP) - Quatre-cent-cinquante maires ont appelé vendredi à soutenir Martine Aubry pour le 75e congrès du PS dans deux semaines, parce qu’elle prône “un Parti socialiste dynamique, volontaire, reconstruit” et “ancré à gauche”.
Parmi les signataires figurent quelques maires de grandes villes (Caen, Reims, Rouen, Roubaix, Tourcoing), de villes moyennes (Charleville-Mézières, Cherbourg, Creil, Créteil, Poitiers, Vitry-le-François…) et de communes de la banlieue parisienne comme Claude Dilain (Clichy-sous-Bois, Seine-St-Denis).

L’appel affirme que “face à Nicolas Sarkozy et son gouvernement qui ont engagé une politique de destruction des services publics, de rationnement des finances locales et d’étranglement des collectivités territoriales (…), il nous faut un Parti socialiste dynamique, volontaire, reconstruit”.
Les signataires veulent aussi “un Parti socialiste remettant au coeur de son projet l’action publique, nationale ou territoriale, et ancré à gauche”.

Ils estiment que “seule la motion conduite par Martine Aubry est porteuse de ce projet ambitieux et progressiste”. Cette motion s’intitule “Changer à gauche pour changer la France”.

Téléchargez l’appel des maires et les 450 signataires

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Mardi 28 octobre 2008
Pour le congrès de l’espoir

Au point où en sont les choses, il est vital que les socialistes confrontent leurs analyses et leurs projets soumis aux suffrages des militants.

L’ampleur de la crise rend plus nécessaire que jamais, en France, l’existence d’une opposition unie, forte et capable de critiquer, de contre proposer et parfois d’approuver les initiatives et actions du Gouvernement. C’est la condition pour que le Parti socialiste soit à nouveau investi par l’élection nationale et en mesure d’exercer un pouvoir juste et efficace, au service de la France et de tous les Français.

Il s’agit, en premier lieu, de réaffirmer et de faire vivre les valeurs qui ont fait, depuis la Dernière Guerre, les succès des mouvements social-démocrate et socialiste, en Europe comme en France. Pour moi, ce sont la liberté, la solidarité, la responsabilité personnelle et collective, le vouloir vivre ensemble, le respect de l’autre.

Certes, le plus difficile est de traduire, aujourd’hui, ces valeurs dans des politiques qui répondent aux multiples défis adressés à la France et à l’Europe : démographiques, technologiques, écologiques, économiques et sociaux. Des politiques qui surmontent les obstacles dressés par un individualisme exacerbé ou par la revendication d’une société à risque zéro.

La France n’y arrivera pas si elle succombe aux attraits du populisme ou aux illusions de la gesticulation médiatique.

Bien sûr, elle doit s’adapter, mais dans le respect du meilleur de ses traditions. Son succès est lié à une relance de l’Europe afin que nous puissions, nous les européens, défendre nos intérêts légitimes, agir au service de la paix et du développement durable pour tous. Et, dans le même temps, faire avancer, pas à pas, les régulations indispensables à l’échelle mondiale. Puis-je rappeler, en passant, que j’avais, à cette fin, proposé dès 1993 la création d’un Conseil de Sécurité Economique auprès de l’ONU.

L’Europe et la France, ce n’est pas seulement cet idéal d’union dans la richesse de nos diversités. C’est aussi la voie incontournable pour affirmer nos identités, notre patrimoine, notre souci d’équilibre entre l’individu et la société. La France qui réussit, qui influence, c’est la France qui, non seulement prend des initiatives, mais utilise les armes du dialogue, de l’écoute des autres, de la persuasion, du compromis dynamique.

Malheureusement, les socialistes n’ont pas, ces dernières années, pesé suffisamment sur le sort de la construction européenne. Ils se sont divisés lors du référendum de 2005. D’où des rancœurs -tenaces ou opportunes selon les cas- qu’il faut absolument surmonter pour retrouver tous ensemble les fondamentaux d’une politique européenne ambitieuse. Ce fut possible et productif durant les présidences de François Mitterrand.

C’est au regard de ces réflexions que j’ai lu avec attention et intérêt les différentes motions proposées au Congrès de Reims.

La motion D est celle qui répond le mieux à ces orientations et qui, bien plus encore, ranime mon espoir dans un avenir meilleur et fraternel.

Jacques DELORS
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Lundi 27 octobre 2008
CRISE FINANCIERE
Jean-Michel Thouvignon: Le pouvoir des élus pour empêcher ou limiter la crise financière ne vous paraît-il pas bien faible?
Je veux dire d’abord qu’il n’y a pas une crise financière seulement mais au moins trois crises. Il y a en effet aussi une crise économique et un gros risque de crise sociale. Ces crises s’entrechoquent et s’additionnent. En ce qui concerne notre pays, le Gouvernement cherche à agir sur la crise financière. Mais pas grand chose sur l’économique et rien du tout sur le social. On pénalise le logement, on asphyxie les collectivités locales, on démantèle les services publics en particulier l’éducation : ce sont des erreurs graves. Pour ce qui est de la crise financière, cela fait des années que je mettais en garde contre ce que j’appelle le système de l’argent fou. Le château de cartes s’écroule. Les élus ? Longtemps, il a été de bon ton de dire : moins ils interviendront, mieux cela vaudra… et tout à coup on redécouvre heureusement leur rôle. Chacun a son rôle à jouer : les élus locaux et ceux de la nation. Le problème c’est qu’il existe des institutions nationales, mais pas encore d’organisation européenne ou mondiale assez efficaces. Et puis, sans faire de démagogie, les gens se disent que le système marche sur la tête : le Gouvernement est capable de trouver des centaines de milliards pour sauver le système bancaire mais il se dit incapable de rassembler dix fois moins pour le chômage ou pour l’école. C’est tout cela qu’il faut changer.

Faut-il gouverner autrement?
Certainement ! Si les Européens décidaient comme je le propose de lancer rapidement de grands programmes d’investissements en matière d’économies d’énergie dans les logements, de transports collectifs, d’équipements de recherche, cela améliorerait notre croissance, notre emploi et notre compétitivité : c’est cela qu’il faut faire.

SITUATION ECONOMIQUE
Sabine Béziat: l’industrie haut-normande n’est-elle pas trop dépendante de l’automobile quand on voit les difficultés de Renault ?
Notre région a effectivement bâti sa puissance notamment sur l’automobile, la chimie, l’énergie, qui ne sont pas les secteurs les plus vaillants en ce moment. Nous ne devons pas les abandonner pour autant mais les moderniser et les compléter par d’autres. Nous manquons de PME solides, à l’image de ce qui existe en Allemagne. Quoi que dise le Gouvernement, le crédit leur est souvent refusé. Il faudrait pour soutenir les petites et moyennes entreprises que l’impôt ne soit pas le même si le bénéfice est réinvesti ou s’il est redistribué. Et puis, nous avons besoin d’encourager particulièrement les PME à travers les marchés publics.
Pour Renault, j’ai personnellement insisté pour obtenir des garanties sur le véhicule utilitaire qui doit prendre le relais de la Laguna en 2012. Si on veut que Sandouville vive, il ne faut pas attendre 2012 pour agir mais le faire dès maintenant : s’occuper de la formation des jeunes, trouver une formule pour les départs dits volontaires en recourant à des préretraites, des mesures d’âge. Quand on connaît le bassin d’emploi de Sandouville, il n’est pas vrai que les salariés vont retrouver facilement un travail. Il y a chez Renault plus de mille personnes au-dessus de 56 ans et on leur dit qu’elles devront travailler jusqu’à 61 ou 62 ans alors que ce sont des salariés souvent usés par leur travail, beaucoup de femmes qui ont commencé à travailler à quatorze ans. Je demande qu’on leur permette de partir avant avec une mesure d’âge spéciale, Renault qui réalise des bénéfices importants peut financièrement y aider. Le salaire à Sandouville est souvent de 1,400 - 1.500 euros, on retient 400 euros sur la feuille de paie, c’est impossible de s’en sortir dans ces conditions. Avec des dispositions sociales spéciales, avec des jeunes salariés en formation, avec le nouveau véhicule à Sandouville et un nouveau moteur à Cléon, on aura un vrai plan de redéveloppement : c’est cela une politique volontariste, elle manque.

Pourquoi le revenu de solidarité active (RSA) qui est une bonne idée n’est pas soutenu par les socialistes ?
Au contraire, nous soutenons le dispositif du RSA, qui a d’ailleurs été expérimenté dans l’Eure et à Elbeuf, et qui est une idée qui vient de chez nous, mais nous sommes en désaccord sur son mode de financement. Il faut en effet trouver un milliard et demi d’euros. Or parmi les gens totalement exonérés du financement du RSA dans le cadre du bouclier fiscal, il y a 600 personnes qui ont un patrimoine de plus de 15 millions d’euros, un revenu en moyenne supérieur à 60.000 euros et qui vont toucher du Trésor Public un chèque annuel de 250.000 euros, sans pour autant contribuer au RSA. C’est totalement injuste !

COMMUNAUTE URBAINE
Emmanuel Maire: pour qui, pourquoi une communauté urbaine?
La communauté urbaine est un ensemble de communes rurales et urbaines qui se réunissent pour mener à bien des projets concrets au service des habitants. A partir de la Communauté de l’Agglomération Rouennaise qui compte 45 communes, notre projet consiste à rassembler d’un côté l’Agglo d’Elbeuf, de l’autre les communes de Caux Austreberthe, Seine Austreberthe, ainsi que Le Trait et Yainville pour former un ensemble cohérent de plus de  500 000 habitants, un territoire qui sera l’un des tout premiers en France.
Nous disposerons ainsi de moyens supplémentaires pour agir, nous réaliserons des économies d’échelle, nous exercerons un rayonnement économique et culturel plus fort. Mais il faut d’abord nous concerter les uns avec les autres, convaincre les élus que c’est l’intérêt de leur territoire et montrer aux citoyens que l’on conservera la proximité des services mis à leur disposition pour les transports, l’eau, les permis de construire, les déchets, etc…
Par exemple, en matière d’eau, nous aurons une nouvelle capacité d’action grâce à cette communauté urbaine, cela devrait se traduire par une nette diminution des factures. De même, si on veut  organiser davantage de liaisons par le bus, le train, le tram, sur ce territoire, c’est la voie à suivre car ce sont des projets réalisables seulement à l’échelle d’une communauté.

PARTI SOCIALISTE
Stéphane Baki: Votre parti peut-il se permettre une guerre des egos ? Sa responsabilité n’est-elle pas de bâtir un projet crédible ?
Oui, le PS doit profondément changer. Sur le plan national, il donne depuis trop longtemps un spectacle qui n’est pas à la hauteur. Les responsables locaux sont appréciés mais beaucoup moins au plan national. Les divisons personnelles deviennent insupportables. Plus généralement, la gauche, en Europe est affaiblie, en Allemagne, en Angleterre, en Italie. Les thèses classiques de la social-démocratie, c’est à dire le compromis entre les forces du travail et du capital ne fonctionnent plus, car la mondialisation aboutit à ce que le capital l’emporte sur le travail. Et puis notre doctrine ne peut s’appliquer sur un terrain uniquement national, nous avons besoin d’agir au niveau européen et mondial. C’est tout cela qu’il faut changer, retrouver un discours clair et net, défendre les couches populaires et moyennes, formuler des propositions crédibles.  La crise donne clairement raison aux partisans de la régulation, donc à la gauche. L’extrême gauche ou le centre n’ont progressé que parce que le PS déçoit. Vous voyez notre feuille de route ! J’espère que le Congrès de Reims sera celui du changement à gauche.

Stéphane Baki: Le PS n’a-t-il pas perdu sa base ouvrière au profit de l’extrême gauche ?
Non, tout dépend de notre action concrète. Par exemple, en Normandie, nous gardons une base très solide. Notre ligne politique doit être claire et clairement à gauche. C’est l’enjeu du congrès de Reims. Dans la période qui s’ouvre, faite de lourdes difficultés sociales et économiques, Martine Aubry est la mieux capable de diriger le PS. Elle possède en effet l’expérience sociale et économique nécessaire, elle a une autorité certaine et le goût du travail collectif. Ce sont de grands atouts et je suis à ses côtés avec beaucoup d’autres.

Stéphane Baki : Pourquoi n’êtes vous pas candidat et quelle est votre ambition pour 2012 ?
J’ai déjà occupé le poste de premier secrétaire. Ce n’est pas une fonction qui m’attire dans la conjoncture présente. En outre, mes responsabilités locales m’intéressent beaucoup et me mobilisent. Au plan national et international, j’agirai aussi pour améliorer les choses. Quant à l’échéance 2012, on verra. Si la politique continue à être dominée par la peopolisation et le superficiel, très peu pour moi. Si on revient à une vision plus sérieuse, alors nous verrons. Ce n’est pas pour maintenant.

SITUATION INTERNATIONALE
Louis Ferdinand Durand: quel est votre pronostic pour l’élection américaine ?
La présidence de M. Bush a été calamiteuse. Il termine son mandat avec le drame de l’Irak, le refus d’avancer pour protéger l’environnement, des mensonges innombrables et la pire crise économique depuis 1929 : il porte une lourde responsabilité dans ces catastrophes. Beaucoup d’éléments font qu’Obama peut gagner: sa campagne est intelligente, il possède une personnalité forte, de solides conseillers et la situation économique plaide pour le changement, pour la régulation, donc pour les Démocrates. Obama dit ce qu’il propose pour l’avenir, alors que Mac Cain se contente de répéter : votez pour moi car j’ai été un héros. Tout plaide donc pour Obama mais ne soyons pas hypocrites : l’Amérique va-t-elle accepter d’élire un noir ? Obama, c’est une Amérique multiculturelle avec une vraie vision du futur. S’il est élu, cela donnera  au monde une autre image des Etats-Unis et cela peut contribuer au déblocage de nombreux problèmes, notamment la question israélo-palestinienne, les conflits en Irak et en Afghanistan. En Europe, nous pourrons mener avec lui un vrai travail sur les questions économiques et énergétiques. J’ajoute qu’Obama s’est prononcé en faveur du protocole de Kyoto, enjeu majeur. Mais pas de naïveté : il défendra, et c’est normal, l’intérêt des Etats-Unis, qui ne correspond pas toujours au nôtre. Nous n’aurons donc plus un adversaire mais un partenaire coriace. Si je votais, je voterais Obama à coup sûr.

Louis François Durand: «Faut-il rester ou partir d’Afghanistan, changer de politique au Moyen Orient ?
En Afghanistan, il n’y a pas de victoire possible par l’occupation militaire, à cause de la structure même du pays : la montagne, le désert, les tribus, les divisions politiques et la proximité du Pakistan. Il faut une toute autre politique au Pakistan pour cesser de nourrir le terrorisme. En Afghanistan, le président Karzaï doit accepter de discuter avec les Pachtounes les moins extrémistes, car c’est la leçon de l’histoire, on ne fait la paix qu’avec ses anciens adversaires. Nous devons aussi mieux protéger nos soldats. Se pose en outre le problème de la drogue : le pavot afghan fait vivre beaucoup de paysans mais alimente aussi une partie des dirigeants ! Il faut que les Occidentaux rachètent cette production pour la détruire et qu’elle soit remplacée pour les paysans par d’autres cultures. C’est donc une politique radicalement nouvelle qui est nécessaire, impliquant l’afghanisation du pays ; nous pourrons alors retirer nos troupes car je refuse que nous soyons une armée d’occupation.

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Mardi 21 octobre 2008

Cette crise est, depuis l'effondrement du mur de Berlin, la plus grave défaite qu'ait connue une idéologie, avec son cortège d'aveuglements, de mensonges et de propagande. La quasi-disparition de Wall Street est en quelque sorte la chute du mur de Berlin du capitalisme libéral et mondialisé. L'idéologie du libre marché, du libre-échange, de la finance libre et du refus obsessionnel de l'intervention du politique dans l'économie est un dogme qui confine à la bêtise et conduit en enfer. Notre gouvernement s'ingénie à truffer de radars et de gendarmes nos routes ; pourtant, la seule route sur laquelle il a refusé obstinément depuis des années d'installer des lignes blanches, des radars et des képis, c'est celle de la finance, où la liberté ne connaît ni morale ni vertu.
La question de l'ordre public pour assurer la sécurité de l'économie est donc posée, comme il y a un ordre public en matière sanitaire, environnementale ou antiterroriste, afin d'assurer la sécurité des personnes et des biens. Lutter contre les zones de non-droit, c'est le devoir d'un Etat. Aujourd'hui, la finance est devenue une zone de non-droit à l'échelle mondiale. Et c'est elle qui fait peur aux citoyens, aux épargnants, aux salariés, aux entrepreneurs. C'est d'elle que les Etats vont devoir nous protéger, même s'ils ont eux-mêmes organisé leur propre impuissance politique.
Les dirigeants les plus libéraux, dont Nicolas Sarkozy, n'ont aucune crédibilité dans leurs déclarations, évoquant on ne sait quelle refondation du capitalisme, puisque la responsabilité qu'ils ont prise en refusant avec la violence de leur dogmatisme toute mesure de réglementation ou de limitation, est écrasante. Ce président fait avec le Medef l'apologie de la sacro-sainte autorégulation : c'est aussi peu efficace et crédible pour lutter contre une escroquerie comme les subprimes que l'autodiscipline dans une classe de prédélinquants.
Il en est de même de la fascination qu'a exercée sur cet homme la folle créativité de la finance américaine, au point d'avoir influencé ses propres propositions, puisqu'il défendait dernièrement l'idée d'augmenter l'accès au crédit hypothécaire pour les ménages aux faibles revenus, ce qui revenait à transplanter les subprimes en France. Il en est de même du refus accablant de fermer les paradis fiscaux, bancaires et judiciaires, comme le Luxembourg ou la City du Royaume-Uni qui, au sein de l'Union européenne, organise un coupable dumping réglementaire et dérégulateur.
Ce pauvre Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe, voit Dexia s'effondrer pour avoir agi légèrement avec sa bénédiction de libéral obsessionnel. C'est le même qui nous traitait, Vincent Peillon et moi-même, pendant nos enquêtes parlementaires sur les paradis fiscaux européens de "sheriff-procureurs" ; c'est le même qui a protégé le maintien dans la privatisation de la chambre de compensation Clearstream aux pratiques si contestables ! Ce sont ces mêmes européens ultralibéraux qui ont laissé les Bourses devenir des entreprises privées et depuis la fusion NYSE Euronext sous droit américain ultra-light !
Qui croira ces responsables capables d'imposer le contraire de ce qu'ils ont proclamé ? C'est donc à la gauche de réarmer le politique pour lutter contre la finance folle. Elle doit le faire en ayant à l'esprit qu'elle n'est pas exempte de reproches sur le sujet. Elle aussi s'est laissé étourdir par les mirages et les promesses de croissance que promettaient les libéraux ; elle a succombé à la croyance que la libéralisation des mouvements de capitaux allait faciliter le financement des entreprises, et donc bénéficier aux salariés.
Remettre de l'ordre dans l'économie passe par la lutte contre l'insécurité financière : d'abord, désarmer les délinquants potentiels que sont les banquiers ; ensuite, renforcer l'arsenal législatif de répression, pour créer un véritable ordre public économique disposant de sanctions à la clé. Il est impératif de restreindre les outils permettant de spéculer. Il faut mettre un terme - et donc interdire - la titrisation des crédits par les banques, qui est un moyen pour elles de se défausser du risque. Les banques qui prêtent de l'argent à un ménage ou à une entreprise doivent garder le prêt dans leurs comptes jusqu'au remboursement complet.
La crise actuelle impose aussi de revenir à une division claire et nette des activités entre l'économie réelle et la finance. Le mélange des genres qui a été autorisé entre les banques d'investissement, de dépôt et d'assurance est à l'origine de la chute de la banque franco-belge Dexia, comme de l'assureur américain AIG. Parce que leurs dirigeants avaient voulu se développer dans le métier des rehausseurs de crédit, dont l'activité était d'assurer les investisseurs contre les pertes spéculatives. La crise actuelle impose aussi d'interdire aux acteurs financiers comme les hedge funds (fonds spéculatifs) de venir spéculer sur les marchés. La folie de la spéculation ne saurait s'arrêter sans un encadrement strict des modes de rémunération des opérateurs de la finance, qui ne connaissent - qu'ils gagnent ou qu'ils perdent - que le bonus-bonus ! Mais ce qui comptera surtout, ce sera de faire respecter ces interdictions. Où sont passés les pouvoirs publics et les fameuses autorités soi-disant indépendantes ? Les autorités de contrôle du secteur financier (Autorité des marchés financiers, Commission bancaire, Banque de France, FFSA...) sont dirigées par des personnalités issues du monde financier. Et leur intérêt est lié à celui des personnes qu'elles surveillent. Le résultat, c'est qu'elles ne contrôlent rien. Il est donc nécessaire de modifier le mode de nomination de ces responsables. Il faut une présence des parlementaires, de représentants de salariés, de petits actionnaires, de clients de banques dans ces instances, véritables bras armés des politiques.
Une fois ce secteur mis sous contrôle, il faut imaginer un autre moyen de financer l'économie. Il n'est pas anormal que, dans une économie de marché, certains secteurs soient soumis à un monopole public, quand le privé a montré qu'il était incapable de remplir sa tâche. La finance est ce secteur. Et l'on voit le risque qu'il y a à confier à des institutions privées le soin de financer toute l'activité économique d'un pays. Les sources de crédit se tarissent et l'économie risque de s'arrêter. Comme le montrent les praticiens du microcrédit, il serait donc sain de confier à des institutions à but non lucratif la distribution de crédits. La création d'un service public du crédit, qui soit géré par la Caisse des dépôts et consignations, une institution solide qui a su rester à l'écart de la spéculation, pourrait répondre aux besoins de financement de l'économie.
La crise montre aussi que le dogme libéral qui sous-tend la construction européenne ne protège ni le citoyen ni l'économie. Quel sens ont aujourd'hui les termes de libre concurrence ou l'interdiction des aides d'Etat quand tout s'écroule ? A quoi sert une Banque centrale européenne obsédée par une inflation qu'elle ne sait pas juguler, et une croissance qu'elle s'est employée à étouffer ?
Les citoyens accepteront une Europe renforcée s'ils savent que les institutions leur bénéficient et non pas seulement au monde de la finance. L'heure n'est plus aux mesures timorées, au laisser-faire, à la fatalité du monde de la finance tel qu'il va. Le politique doit se réarmer et profiter de l'effondrement de la finance pour imposer ses règles du jeu sans crainte. Et ne pas se contenter de passer à la caisse comme toujours, en vertu du bon vieil adage qui veut qu'on privatise les profits et qu'on socialise les pertes.

Arnaud Montebourg est député et président du conseil général de Saône-et-Loire.
 
Article paru dans l'édition du Monde du 21.10.08.

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Dimanche 19 octobre 2008
Pas évident d'organiser le débat sur internet, avec toutes les interprétations que l'on peut faire des textes de chacun. J'essai pourtant sur un thème revendiqué par la motion E : la démocratie participative

Pierre-Yves d'ailleurs le soulignait dans son propos concernant le Congrès de Reims "Cette motion est le fruit d’un travail participatif, assis sur plus de 2000 contributions militantes préparées depuis le mois de mai. Signataires, nous n’en sommes pas les zélateurs passifs, mais les co-auteurs."

Pour bien comprendre ce dont on parle, je citerai plusieurs fois wikipédia, en commençant par la définition : la démocratie participative s'inspire des concepts mis en place dès 1960 dans de nombreuses entreprises sur l'organisation et l'amélioration des postes de travail. Elle vise à faire participer les citoyens à la prise de décisions.  

Ce concept a été porté par le PS depuis longtemps et notamment dans un Congrès du début des années 90. Dans notre campagne pour la dernière élection présidentielle, cette pratique a été mise en avant et a réussi à attirer de nombreux citoyens dans nos réunions. Toutefois, si elle n'est qu'un instant de partage (convivial), si elle n'est qu'une consultation d'un moment, elle n'est rien en soi. Elle ne peut exister que si des organes existent de manière permanente et légitime (Conseils, représentants élus, etc) pour que les propositions recueillies dans la phase de consultation puissent être valablement relayées auprès du pouvoir politique, qui prend les décisions. Le meilleur exemple est la Suisse.

En effet, en l'absence de structuration du débat, l'élaboration d'une procédure participative, en associant le plus de citoyens possible à la prise de décision, atomise celle-ci. Cela, à un certain degré, crée une infinité de pôles de décision et peut annuler la possibilité même d'une prise de décision effective. In fine, le pouvoir risque de revenir à l'instance qui a initié la procédure à savoir, le plus souvent, le pouvoir politique traditionnel.

Je trouve cette démarche démocratique tout à fait pertinente au niveau local pour gérer des quartiers ou des petites communes. L'appliquer tel quel au niveau national est nettement plus problématique. Je me limiterais à 3 exemples.

Le premier, dans la motion E, on peut s'étonner de l'absence de prise de position sur le non cumul des mandats. Je n'imagine pas que cela n'ait pas été demandé, mais cela n'a, sans doute, pas plu au pouvoir en place…

Toujours dans la motion E, la proposition d’ « une taxe sur les profits de Total » est sans doute issue d'un tel débat. Toutefois, imaginons la loi national qui plomberait le seul pétrolier français à la plus grande joie des autres compagnies anglaises, américaines, qui non seulement profiteraient directement de la mise en difficulté de Total, mais encore pourraient démontrer à tous les autres gouvernements la contre productivité d’une telle mesure ! (Si vous appliquez comme en France, nous quittons votre territoire…) Je suis en faveur d'une telle mesure, mais pour toutes les entreprises pétrolières et harmonisée au niveau européen au minimum (comme le dit la motion D ) ! La démocratie participative ne peut pas remplacer le travail d’analyse et d’expertise, qui est nécessaire sur les sujets complexes dont un gouvernement doit s’occuper !

Enfin, dans un moment de tension évident (la rencontre télévisée avec Sarkozy), Ségolène Royal sort une « pépite » comme on appelait à l’époque les résultats des débats participatifs : raccompagner toutes les femmes policières le soir par des policiers… Cette proposition est plausible dans le cadre d'un débat participatif concernant un quartier spécifique en grande difficulté, mais pas comme une généralité devant les 20 ou 30 millions de Français… Il y a malheureusement  trop d'acte de violence sexuelle en France pour vouloir mettre un policier derrière chaque victime potentielle, celà a fait plutôt surenchère sur une DROITE repressive. ..

Pour moi, la démocratie participative appliquée au niveau national doit s'appuyer sur la société civile organisée, le Comité Economique et Social, les syndicats et bien sur des institutions d'analyse, comme le feu Commissariat au Plan (qui a disparu d'avoir osé dire que les 35h avaient été bénéfiques)

C'est le sens du chapitre  "Donner la priorité à la réflexion collective et au débat militant" de la motion D.

Les élus doivent bénéficier d'un vrai statut pour permettre une meilleure représentation de la société, et bien sur le régime parlementaire doit être renforcé, puisque normalement, tous les socialistes sont opposés à l'hyperPrésidentialisation... Mais là je m'avance un peu sans doute...

Sylvain Lhermitte
Section de Bruxelles

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