Revue de presse

Lundi 27 octobre 2008 1 27 10 2008 13:26
CRISE FINANCIERE
Jean-Michel Thouvignon: Le pouvoir des élus pour empêcher ou limiter la crise financière ne vous paraît-il pas bien faible?
Je veux dire d’abord qu’il n’y a pas une crise financière seulement mais au moins trois crises. Il y a en effet aussi une crise économique et un gros risque de crise sociale. Ces crises s’entrechoquent et s’additionnent. En ce qui concerne notre pays, le Gouvernement cherche à agir sur la crise financière. Mais pas grand chose sur l’économique et rien du tout sur le social. On pénalise le logement, on asphyxie les collectivités locales, on démantèle les services publics en particulier l’éducation : ce sont des erreurs graves. Pour ce qui est de la crise financière, cela fait des années que je mettais en garde contre ce que j’appelle le système de l’argent fou. Le château de cartes s’écroule. Les élus ? Longtemps, il a été de bon ton de dire : moins ils interviendront, mieux cela vaudra… et tout à coup on redécouvre heureusement leur rôle. Chacun a son rôle à jouer : les élus locaux et ceux de la nation. Le problème c’est qu’il existe des institutions nationales, mais pas encore d’organisation européenne ou mondiale assez efficaces. Et puis, sans faire de démagogie, les gens se disent que le système marche sur la tête : le Gouvernement est capable de trouver des centaines de milliards pour sauver le système bancaire mais il se dit incapable de rassembler dix fois moins pour le chômage ou pour l’école. C’est tout cela qu’il faut changer.

Faut-il gouverner autrement?
Certainement ! Si les Européens décidaient comme je le propose de lancer rapidement de grands programmes d’investissements en matière d’économies d’énergie dans les logements, de transports collectifs, d’équipements de recherche, cela améliorerait notre croissance, notre emploi et notre compétitivité : c’est cela qu’il faut faire.

SITUATION ECONOMIQUE
Sabine Béziat: l’industrie haut-normande n’est-elle pas trop dépendante de l’automobile quand on voit les difficultés de Renault ?
Notre région a effectivement bâti sa puissance notamment sur l’automobile, la chimie, l’énergie, qui ne sont pas les secteurs les plus vaillants en ce moment. Nous ne devons pas les abandonner pour autant mais les moderniser et les compléter par d’autres. Nous manquons de PME solides, à l’image de ce qui existe en Allemagne. Quoi que dise le Gouvernement, le crédit leur est souvent refusé. Il faudrait pour soutenir les petites et moyennes entreprises que l’impôt ne soit pas le même si le bénéfice est réinvesti ou s’il est redistribué. Et puis, nous avons besoin d’encourager particulièrement les PME à travers les marchés publics.
Pour Renault, j’ai personnellement insisté pour obtenir des garanties sur le véhicule utilitaire qui doit prendre le relais de la Laguna en 2012. Si on veut que Sandouville vive, il ne faut pas attendre 2012 pour agir mais le faire dès maintenant : s’occuper de la formation des jeunes, trouver une formule pour les départs dits volontaires en recourant à des préretraites, des mesures d’âge. Quand on connaît le bassin d’emploi de Sandouville, il n’est pas vrai que les salariés vont retrouver facilement un travail. Il y a chez Renault plus de mille personnes au-dessus de 56 ans et on leur dit qu’elles devront travailler jusqu’à 61 ou 62 ans alors que ce sont des salariés souvent usés par leur travail, beaucoup de femmes qui ont commencé à travailler à quatorze ans. Je demande qu’on leur permette de partir avant avec une mesure d’âge spéciale, Renault qui réalise des bénéfices importants peut financièrement y aider. Le salaire à Sandouville est souvent de 1,400 - 1.500 euros, on retient 400 euros sur la feuille de paie, c’est impossible de s’en sortir dans ces conditions. Avec des dispositions sociales spéciales, avec des jeunes salariés en formation, avec le nouveau véhicule à Sandouville et un nouveau moteur à Cléon, on aura un vrai plan de redéveloppement : c’est cela une politique volontariste, elle manque.

Pourquoi le revenu de solidarité active (RSA) qui est une bonne idée n’est pas soutenu par les socialistes ?
Au contraire, nous soutenons le dispositif du RSA, qui a d’ailleurs été expérimenté dans l’Eure et à Elbeuf, et qui est une idée qui vient de chez nous, mais nous sommes en désaccord sur son mode de financement. Il faut en effet trouver un milliard et demi d’euros. Or parmi les gens totalement exonérés du financement du RSA dans le cadre du bouclier fiscal, il y a 600 personnes qui ont un patrimoine de plus de 15 millions d’euros, un revenu en moyenne supérieur à 60.000 euros et qui vont toucher du Trésor Public un chèque annuel de 250.000 euros, sans pour autant contribuer au RSA. C’est totalement injuste !

COMMUNAUTE URBAINE
Emmanuel Maire: pour qui, pourquoi une communauté urbaine?
La communauté urbaine est un ensemble de communes rurales et urbaines qui se réunissent pour mener à bien des projets concrets au service des habitants. A partir de la Communauté de l’Agglomération Rouennaise qui compte 45 communes, notre projet consiste à rassembler d’un côté l’Agglo d’Elbeuf, de l’autre les communes de Caux Austreberthe, Seine Austreberthe, ainsi que Le Trait et Yainville pour former un ensemble cohérent de plus de  500 000 habitants, un territoire qui sera l’un des tout premiers en France.
Nous disposerons ainsi de moyens supplémentaires pour agir, nous réaliserons des économies d’échelle, nous exercerons un rayonnement économique et culturel plus fort. Mais il faut d’abord nous concerter les uns avec les autres, convaincre les élus que c’est l’intérêt de leur territoire et montrer aux citoyens que l’on conservera la proximité des services mis à leur disposition pour les transports, l’eau, les permis de construire, les déchets, etc…
Par exemple, en matière d’eau, nous aurons une nouvelle capacité d’action grâce à cette communauté urbaine, cela devrait se traduire par une nette diminution des factures. De même, si on veut  organiser davantage de liaisons par le bus, le train, le tram, sur ce territoire, c’est la voie à suivre car ce sont des projets réalisables seulement à l’échelle d’une communauté.

PARTI SOCIALISTE
Stéphane Baki: Votre parti peut-il se permettre une guerre des egos ? Sa responsabilité n’est-elle pas de bâtir un projet crédible ?
Oui, le PS doit profondément changer. Sur le plan national, il donne depuis trop longtemps un spectacle qui n’est pas à la hauteur. Les responsables locaux sont appréciés mais beaucoup moins au plan national. Les divisons personnelles deviennent insupportables. Plus généralement, la gauche, en Europe est affaiblie, en Allemagne, en Angleterre, en Italie. Les thèses classiques de la social-démocratie, c’est à dire le compromis entre les forces du travail et du capital ne fonctionnent plus, car la mondialisation aboutit à ce que le capital l’emporte sur le travail. Et puis notre doctrine ne peut s’appliquer sur un terrain uniquement national, nous avons besoin d’agir au niveau européen et mondial. C’est tout cela qu’il faut changer, retrouver un discours clair et net, défendre les couches populaires et moyennes, formuler des propositions crédibles.  La crise donne clairement raison aux partisans de la régulation, donc à la gauche. L’extrême gauche ou le centre n’ont progressé que parce que le PS déçoit. Vous voyez notre feuille de route ! J’espère que le Congrès de Reims sera celui du changement à gauche.

Stéphane Baki: Le PS n’a-t-il pas perdu sa base ouvrière au profit de l’extrême gauche ?
Non, tout dépend de notre action concrète. Par exemple, en Normandie, nous gardons une base très solide. Notre ligne politique doit être claire et clairement à gauche. C’est l’enjeu du congrès de Reims. Dans la période qui s’ouvre, faite de lourdes difficultés sociales et économiques, Martine Aubry est la mieux capable de diriger le PS. Elle possède en effet l’expérience sociale et économique nécessaire, elle a une autorité certaine et le goût du travail collectif. Ce sont de grands atouts et je suis à ses côtés avec beaucoup d’autres.

Stéphane Baki : Pourquoi n’êtes vous pas candidat et quelle est votre ambition pour 2012 ?
J’ai déjà occupé le poste de premier secrétaire. Ce n’est pas une fonction qui m’attire dans la conjoncture présente. En outre, mes responsabilités locales m’intéressent beaucoup et me mobilisent. Au plan national et international, j’agirai aussi pour améliorer les choses. Quant à l’échéance 2012, on verra. Si la politique continue à être dominée par la peopolisation et le superficiel, très peu pour moi. Si on revient à une vision plus sérieuse, alors nous verrons. Ce n’est pas pour maintenant.

SITUATION INTERNATIONALE
Louis Ferdinand Durand: quel est votre pronostic pour l’élection américaine ?
La présidence de M. Bush a été calamiteuse. Il termine son mandat avec le drame de l’Irak, le refus d’avancer pour protéger l’environnement, des mensonges innombrables et la pire crise économique depuis 1929 : il porte une lourde responsabilité dans ces catastrophes. Beaucoup d’éléments font qu’Obama peut gagner: sa campagne est intelligente, il possède une personnalité forte, de solides conseillers et la situation économique plaide pour le changement, pour la régulation, donc pour les Démocrates. Obama dit ce qu’il propose pour l’avenir, alors que Mac Cain se contente de répéter : votez pour moi car j’ai été un héros. Tout plaide donc pour Obama mais ne soyons pas hypocrites : l’Amérique va-t-elle accepter d’élire un noir ? Obama, c’est une Amérique multiculturelle avec une vraie vision du futur. S’il est élu, cela donnera  au monde une autre image des Etats-Unis et cela peut contribuer au déblocage de nombreux problèmes, notamment la question israélo-palestinienne, les conflits en Irak et en Afghanistan. En Europe, nous pourrons mener avec lui un vrai travail sur les questions économiques et énergétiques. J’ajoute qu’Obama s’est prononcé en faveur du protocole de Kyoto, enjeu majeur. Mais pas de naïveté : il défendra, et c’est normal, l’intérêt des Etats-Unis, qui ne correspond pas toujours au nôtre. Nous n’aurons donc plus un adversaire mais un partenaire coriace. Si je votais, je voterais Obama à coup sûr.

Louis François Durand: «Faut-il rester ou partir d’Afghanistan, changer de politique au Moyen Orient ?
En Afghanistan, il n’y a pas de victoire possible par l’occupation militaire, à cause de la structure même du pays : la montagne, le désert, les tribus, les divisions politiques et la proximité du Pakistan. Il faut une toute autre politique au Pakistan pour cesser de nourrir le terrorisme. En Afghanistan, le président Karzaï doit accepter de discuter avec les Pachtounes les moins extrémistes, car c’est la leçon de l’histoire, on ne fait la paix qu’avec ses anciens adversaires. Nous devons aussi mieux protéger nos soldats. Se pose en outre le problème de la drogue : le pavot afghan fait vivre beaucoup de paysans mais alimente aussi une partie des dirigeants ! Il faut que les Occidentaux rachètent cette production pour la détruire et qu’elle soit remplacée pour les paysans par d’autres cultures. C’est donc une politique radicalement nouvelle qui est nécessaire, impliquant l’afghanisation du pays ; nous pourrons alors retirer nos troupes car je refuse que nous soyons une armée d’occupation.

Par Changer le Monde
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Mardi 21 octobre 2008 2 21 10 2008 19:57

Cette crise est, depuis l'effondrement du mur de Berlin, la plus grave défaite qu'ait connue une idéologie, avec son cortège d'aveuglements, de mensonges et de propagande. La quasi-disparition de Wall Street est en quelque sorte la chute du mur de Berlin du capitalisme libéral et mondialisé. L'idéologie du libre marché, du libre-échange, de la finance libre et du refus obsessionnel de l'intervention du politique dans l'économie est un dogme qui confine à la bêtise et conduit en enfer. Notre gouvernement s'ingénie à truffer de radars et de gendarmes nos routes ; pourtant, la seule route sur laquelle il a refusé obstinément depuis des années d'installer des lignes blanches, des radars et des képis, c'est celle de la finance, où la liberté ne connaît ni morale ni vertu.
La question de l'ordre public pour assurer la sécurité de l'économie est donc posée, comme il y a un ordre public en matière sanitaire, environnementale ou antiterroriste, afin d'assurer la sécurité des personnes et des biens. Lutter contre les zones de non-droit, c'est le devoir d'un Etat. Aujourd'hui, la finance est devenue une zone de non-droit à l'échelle mondiale. Et c'est elle qui fait peur aux citoyens, aux épargnants, aux salariés, aux entrepreneurs. C'est d'elle que les Etats vont devoir nous protéger, même s'ils ont eux-mêmes organisé leur propre impuissance politique.
Les dirigeants les plus libéraux, dont Nicolas Sarkozy, n'ont aucune crédibilité dans leurs déclarations, évoquant on ne sait quelle refondation du capitalisme, puisque la responsabilité qu'ils ont prise en refusant avec la violence de leur dogmatisme toute mesure de réglementation ou de limitation, est écrasante. Ce président fait avec le Medef l'apologie de la sacro-sainte autorégulation : c'est aussi peu efficace et crédible pour lutter contre une escroquerie comme les subprimes que l'autodiscipline dans une classe de prédélinquants.
Il en est de même de la fascination qu'a exercée sur cet homme la folle créativité de la finance américaine, au point d'avoir influencé ses propres propositions, puisqu'il défendait dernièrement l'idée d'augmenter l'accès au crédit hypothécaire pour les ménages aux faibles revenus, ce qui revenait à transplanter les subprimes en France. Il en est de même du refus accablant de fermer les paradis fiscaux, bancaires et judiciaires, comme le Luxembourg ou la City du Royaume-Uni qui, au sein de l'Union européenne, organise un coupable dumping réglementaire et dérégulateur.
Ce pauvre Jean-Claude Juncker, premier ministre du Luxembourg et président de l'Eurogroupe, voit Dexia s'effondrer pour avoir agi légèrement avec sa bénédiction de libéral obsessionnel. C'est le même qui nous traitait, Vincent Peillon et moi-même, pendant nos enquêtes parlementaires sur les paradis fiscaux européens de "sheriff-procureurs" ; c'est le même qui a protégé le maintien dans la privatisation de la chambre de compensation Clearstream aux pratiques si contestables ! Ce sont ces mêmes européens ultralibéraux qui ont laissé les Bourses devenir des entreprises privées et depuis la fusion NYSE Euronext sous droit américain ultra-light !
Qui croira ces responsables capables d'imposer le contraire de ce qu'ils ont proclamé ? C'est donc à la gauche de réarmer le politique pour lutter contre la finance folle. Elle doit le faire en ayant à l'esprit qu'elle n'est pas exempte de reproches sur le sujet. Elle aussi s'est laissé étourdir par les mirages et les promesses de croissance que promettaient les libéraux ; elle a succombé à la croyance que la libéralisation des mouvements de capitaux allait faciliter le financement des entreprises, et donc bénéficier aux salariés.
Remettre de l'ordre dans l'économie passe par la lutte contre l'insécurité financière : d'abord, désarmer les délinquants potentiels que sont les banquiers ; ensuite, renforcer l'arsenal législatif de répression, pour créer un véritable ordre public économique disposant de sanctions à la clé. Il est impératif de restreindre les outils permettant de spéculer. Il faut mettre un terme - et donc interdire - la titrisation des crédits par les banques, qui est un moyen pour elles de se défausser du risque. Les banques qui prêtent de l'argent à un ménage ou à une entreprise doivent garder le prêt dans leurs comptes jusqu'au remboursement complet.
La crise actuelle impose aussi de revenir à une division claire et nette des activités entre l'économie réelle et la finance. Le mélange des genres qui a été autorisé entre les banques d'investissement, de dépôt et d'assurance est à l'origine de la chute de la banque franco-belge Dexia, comme de l'assureur américain AIG. Parce que leurs dirigeants avaient voulu se développer dans le métier des rehausseurs de crédit, dont l'activité était d'assurer les investisseurs contre les pertes spéculatives. La crise actuelle impose aussi d'interdire aux acteurs financiers comme les hedge funds (fonds spéculatifs) de venir spéculer sur les marchés. La folie de la spéculation ne saurait s'arrêter sans un encadrement strict des modes de rémunération des opérateurs de la finance, qui ne connaissent - qu'ils gagnent ou qu'ils perdent - que le bonus-bonus ! Mais ce qui comptera surtout, ce sera de faire respecter ces interdictions. Où sont passés les pouvoirs publics et les fameuses autorités soi-disant indépendantes ? Les autorités de contrôle du secteur financier (Autorité des marchés financiers, Commission bancaire, Banque de France, FFSA...) sont dirigées par des personnalités issues du monde financier. Et leur intérêt est lié à celui des personnes qu'elles surveillent. Le résultat, c'est qu'elles ne contrôlent rien. Il est donc nécessaire de modifier le mode de nomination de ces responsables. Il faut une présence des parlementaires, de représentants de salariés, de petits actionnaires, de clients de banques dans ces instances, véritables bras armés des politiques.
Une fois ce secteur mis sous contrôle, il faut imaginer un autre moyen de financer l'économie. Il n'est pas anormal que, dans une économie de marché, certains secteurs soient soumis à un monopole public, quand le privé a montré qu'il était incapable de remplir sa tâche. La finance est ce secteur. Et l'on voit le risque qu'il y a à confier à des institutions privées le soin de financer toute l'activité économique d'un pays. Les sources de crédit se tarissent et l'économie risque de s'arrêter. Comme le montrent les praticiens du microcrédit, il serait donc sain de confier à des institutions à but non lucratif la distribution de crédits. La création d'un service public du crédit, qui soit géré par la Caisse des dépôts et consignations, une institution solide qui a su rester à l'écart de la spéculation, pourrait répondre aux besoins de financement de l'économie.
La crise montre aussi que le dogme libéral qui sous-tend la construction européenne ne protège ni le citoyen ni l'économie. Quel sens ont aujourd'hui les termes de libre concurrence ou l'interdiction des aides d'Etat quand tout s'écroule ? A quoi sert une Banque centrale européenne obsédée par une inflation qu'elle ne sait pas juguler, et une croissance qu'elle s'est employée à étouffer ?
Les citoyens accepteront une Europe renforcée s'ils savent que les institutions leur bénéficient et non pas seulement au monde de la finance. L'heure n'est plus aux mesures timorées, au laisser-faire, à la fatalité du monde de la finance tel qu'il va. Le politique doit se réarmer et profiter de l'effondrement de la finance pour imposer ses règles du jeu sans crainte. Et ne pas se contenter de passer à la caisse comme toujours, en vertu du bon vieil adage qui veut qu'on privatise les profits et qu'on socialise les pertes.

Arnaud Montebourg est député et président du conseil général de Saône-et-Loire.
 
Article paru dans l'édition du Monde du 21.10.08.

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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 10 2008 09:24
Publié le jeudi 16 octobre 2008 dans le quotidien “La Provence”

À un mois du congrès du PS à Reims, Martine Aubry bat la campagne à Marseille

Selon Martine Aubry, “à Reims, le PS doit changer pour retrouver le collectif, se rouvrir vers la société”.

La perspective du congrès de Reims lui fait battre la campagne. Martine Aubry sera ce soir à Marseille, devant les militants de la fédération PS des Bouches-du-Rhône, tout comme Vincent Peillon, “lieutenant” de Ségolène Royal, Kader Arif, proche de Bertrand Delanoë, Benoît Hamon, représentant l’aile gauche du parti et Christophe Caresche du pôle écologique pour défendre les motions sur lesquelles les militants les départageront le 6 novembre.

Ancré à gauche, le maire de Lille, l’une des trois grandes personnalités à briguer le fauteuil de patron du PS, pourrait “capitaliser” sur l’effet de la crise.

- Comment justifiez-vous l’attitude du PS qui s’est abstenu de voter le plan d’urgence de soutien aux banques ?

Martine Aubry : Nous avons été responsables. Nous avons accompagné le président de la République dans ses efforts pour éteindre l’incendie mais nous avons toujours demandé en contrepartie des garanties : l’argent public demandé quand tout va mal doit revenir à l’État quand tout ira mieux. Notre abstention est un cri d’alarme pour dire qu’il ne faut pas rater l’étape suivante, celle du budget 2009. Notre pays est en récession, si Nicolas Sarkozy continue sa politique de restriction des crédits, notamment en ce qui concerne le logement, le pouvoir d’achat, le budget des collectivités locales, s’il persiste et signe, nous allons vers de graves difficultés. L’État a réussi à trouver en quelques jours 360 milliards d’euros pour les banques alors qu’il a du mal à réunir 1,5 milliard pour le RSA !

- Des tensions ont vu le jour au sein du PS à propos de ce vote. Est-ce une fois de plus la bataille des ego ou un dysfonctionnement ?

Martine Aubry : Ces images sont pour moi celles d’un Parti socialiste telle qu’on aimerait plus le voir. Nous aurions dû débattre avant, prendre une décision commune qui aurait été respectée par tous !

- Pensez-vous que la crise change les équilibres au PS et vous donne une nouvelle dynamique ?

Martine Aubry : Je n’ai pas attendu la crise financière pour critiquer le libéralisme. Aujourd’hui, je me sens très à l’aise. Une société qui met en avant la finance sur l’économie va à la catastrophe. C’est un fait que j’ai toujours dénoncé. Dans le texte que je défends en vue du congrès, nous avons largement anticipé cette crise. Nous voulons être les architectes d’un nouveau modèle que nous devons construire et ne nous contentons pas d’être des pompiers. Il faut soigner la maladie et pas seulement les symptômes. Notre motion, comme celle de Benoit Hamon, (ndlr: représentant l’aile gauche du PS) porte une critique fondamentale du modèle libéral et des propositions fortes. Nous, nous avons commencé un rassemblement de militants pour réaffirmer que le Parti socialiste doit être à gauche.

- Certains jugent votre rapprochement avec les fabiusiens comme une alliance contre nature !

Martine Aubry : Ça, c’est le PS d’hier! Il faut que les socialistes jouent collectif. Il faut arriver à surmonter ce qui nous a opposés il y a vingt ans à Rennes, ou au moment du référendum européen et encore au moment de la présidentielle. J’ai le sentiment, aujourd’hui, qu’il y a une dynamique autour d’un PS qui porte haut ses valeurs de gauche. Le monde change, le PS serait-il le seul à ne pas changer ? Je suis fière d’avoir rassemblé des femmes et des hommes qui veulent retrouver la politique et la gauche.

- Un débat, auquel vous êtes favorable, entre les représentants des différentes motions ne va-t-il pas étaler une fois de plus vos rivalités ?

Martine Aubry : Je nous crois capables de débattre de manière sereine. C’est cela qu’attendent les militants.
Quant à la proposition de reporter le congrès, elle est aberrante ! Au moment où la France souffre, les socialistes doivent être à la hauteur ! Où seraient nos valeurs de gauche si les socialistes devez retourner à la maison sans apporter de réponses !

- Si votre motion n’est pas majoritaire, avec qui vous allierez-vous lors du congrès ?

Martine Aubry : Je suis dans la course pour défendre un projet de gauche et c’est un grand bonheur. Je vais à ce congrès pour gagner. À Reims, le PS doit changer pour retrouver le collectif, se rouvrir vers la société, pour être aux couleurs de la France, pour parler tous d’une même voix et pas forcément d’une seule voix.

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Mercredi 15 octobre 2008 3 15 10 2008 09:27
PARIS, 14 octobre 2008 (AFP) - La maire de Lille Martine Aubry a critiqué mardi le premier secrétaire du PS François Hollande pour n’avoir pas réuni la veille “les responsables du Parti socialiste” afin de dégager une position commune sur le plan d’urgence gouvernemental pour les banques examiné à l’Assemblée.

“Très franchement, c’est un Parti socialiste tel qu’on n’aimerait plus le voir”, a déclaré sur i-télé Mme Aubry, après l’expression de désaccords parmi les députés sur l’attitude à avoir sur ce sujet.

“Je m’étonne que François Hollande, le premier secrétaire, n’ait pas réuni hier (lundi, ndlr) les responsables du Parti socialiste pour que nous discutions ensemble de la position que nous devions prendre”, a ajouté celle qui postule à sa succession.

L’ex-numéro deux du gouvernement Jospin a approuvé “totalement” l’abstention décidée par le groupe socialiste sur ce plan d’urgence.

“Nous avons accompagné l’opération pompiers - arrêter l’incendie -” mais “nous demandons au président de la République de changer le budget 2009 (…), autrement nous allons nous enfoncer dans la récession”, a dit Martine Aubry.

Estimant que “le pire est devant nous”, elle a qualifié l’abstention du PS de “cri d’alarme, pour dire: monsieur le président, changez de politique pour retrouver le chemin de la croissance et de l’emploi!”.

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Mardi 14 octobre 2008 2 14 10 2008 12:23

Vivons-nous une crise du capitalisme, ou la crise des dérives du capitalisme?
Martine Aubry. Nous avons toujours su que le marché ne savait pas distribuer les richesses de manière juste, qu’il ne savait pas préparer l’avenir, mais là le système est devenu carrément fou. Il faut revenir à l’essentiel, retrouver les voies d’une société juste, avec des règles, loin d’une société de la spéculation et du toujours-plus.

Les réponses du G7 -qui vient de s’engager à empêcher toute faillite des banques- vous paraissent-elles suffisantes ?
Je crois comme Dominique Strauss-Kahn que la coordination des réponses au plan européen est indispensable. Il faut évidemment jouer les pompiers pour garantir les dépôts des particuliers, empêcher la faillite des banques et redonner des liquidités. Mais la vraie crise est devant nous: c’est la crise économique. Il faut d’abord relancer le pouvoir d’achat, le logement et augmenter les dotations aux collectivités locales. Et puis être les architectes d’un nouveau système économique, social et écologique. Sinon, on va soigner les symptômes, et pas la maladie.

Doit-on punir les responsables de cette crise ?
Bien sûr!… Je propose que les parachutes dorés ne puissent exister que lorsque l’entreprise a des résultats positifs et qu’ils soient sérieusement encadrés par la loi. Je suis favorable à ce que les stocks options soient soumis à la même fiscalité que les salaires et soient interdits pour les dirigeants.

C’est le système qu’il faut changer, en redonnant la prééminence à l‘économie sur la finance. On devrait par exemple moduler l’impôt sur les sociétés en favorisant les entreprises qui réinvestissent en leur sein par rapport à celles qui redistribuent tous leurs résultats aux actionnaires.

Il faut aussi réarmer l’Etat, lui donner les moyens de retrouver une politique industrielle. Des fonds souverains pourraient accompagner l’innovation pour créer les airbus et les TGV de demain, développer la recherche pharmaceutique, comme le font les Etats-Unis et le Canada, et ainsi maîtriser l’avenir et le prix de nos médicaments pour sauvegarder notre protection sociale. Des crédits spécifiques et une ouverture aux marchés publics devraient soutenir les PME.

Vous récusez la totalité de la politique Sarkozy?
Comment peut-il dire, un jour à Toulon, «bravo les Etats-Unis de mettre 700 milliards dans l’économie» et le lendemain annoncer que les trois budgets français qui sont le plus revus à la baisse sont l’emploi, le logement et les collectivités locales ? Je souhaite un changement total de politique économique car, aujourd’hui, nous payons deux fois les méfaits du libéralisme: la politique de Sarkozy depuis un an et demi, la crise financière aujourd’hui. Nous le paierons une troisième fois s’il persiste et signe !

Certains au PS demandent, à cause de la crise, un report du Congrès de Reims…
C’est une erreur. Les Français ont plus que jamais besoin de nous. Je n’ai pas attendu la crise financière pour dire et écrire que le système allait droit dans le mur, et pour travailler. Cela fait des mois que je le fais avec d’autres. Je me sens donc aujourd’hui très à l’aise. Jamais nos valeurs n’ont été autant d’actualité, mais nos solutions ne doivent pas être celles d’hier. Deux exemples: le rôle de l’Etat est capital, mais nous devons personnaliser les réponses. La famille a changé, chaque enfant est différent, il faut remettre à flots l’école de la République, mais ce n’est pas seulement une question de moyens. Changer la pédagogie, le soutien à chaque enfant, accepter qu’il y ait 15 enfants dans une classe et 30 ailleurs, redonner aux enseignants la fierté de leur métier mais leur accorder aussi plus d’autonomie, voilà les bonnes pistes. Deuxième exemple: on va dans sa vie changer de métier plusieurs fois, changer d’entreprise. Eh bien, chaque Français devra avoir son compte-formation, son compte-temps. La droite explique depuis toujours que les protections collectives empêchent la liberté individuelle. Nous, nous avons pensé pendant très longtemps que tout le monde devait être traité sur un mode uniforme. Aujourd’hui, il faut, j’insiste, personnaliser. Il faut mettre du «je» dans le «nous».

La crise mondiale justifie-t-elle que le PS veuille mettre le cap à gauche toute ?
Le problème n’est pas d’être «à gauche toute»: il s’agit tout simplement de retrouver la gauche qui s’est parfois perdue en se laissant aller à une soi-disant modernité. Le marché doit être maîtrisé et mis au service de tous. Retrouvons nos valeurs, celles de la gauche, celles des pères fondateurs de l’Europe: au lieu de la dictature de la finance, une société faite pour les hommes, un humanisme, un volontarisme. Aujourd’hui, c’est le règne du chacun pour soi, de l’égoïsme, de l’individualisme, de la débrouille.

Craignez-vous la concurrence d’Olivier Besancenot ?
Non. L’extrême-gauche ne sera un problème que si le PS n’est pas à la hauteur. Un parti de pure dénonciation - quel que soit son talent- ne doit pas nous faire peur. J’ajoute qu’en défendant Jean-Marc Rouillan, qui n’accepte toujours pas en 2008 de dire qu’il regrette l’assassinat par son groupe «Action directe» de Georges Besse (NDLR: l’ex-PDG de Renault), Olivier Besancenot m’a scandalisée. Moi, je pense d’abord à Mme Besse et à sa famille.

Etes-vous candidate, oui ou non, au poste de Premier secrétaire ?
J’ai toujours dit: d’abord le projet, ensuite l’équipe. Je vais au Congrès de Reims pour gagner, et j’y prendrai mes responsabilités. Quand on parle de soi, on ne parle pas de l’essentiel : les idées, et les français.

Le bilan de François Hollande à la tête du PS est donc, à vos yeux, globalement négatif ?
Depuis 2002, nous n’avons pas travaillé assez. Nous avons été attentistes. Nous avons laissé nos valeurs s’amollir. François Hollande était Premier secrétaire, mais nous étions membres de la direction. Donc, j’assume ma part de responsabilité. Cet échec est collectif. Il faut maintenant que le PS change.

Le futur Premier secrétaire du PS ne devra-t-il pas être autoritaire, en tout cas faire preuve d’autorité?
Je vais vous dire ce que je souhaite: un Premier secrétaire ancré au cœur de la gauche, qui a toujours porté ses valeurs et n’a pas changé de ligne. Et quelqu’un de crédible pour refaire fonctionner un vrai parti. Un parti où l’on travaille, où l’on débat et où les décisions, une fois prises, sont respectées. Un parti qui se ré-ouvre vers l’extérieur. Un parti aux couleurs de la France en termes de générations, d’âges, de cultures. Un parti qui parle non pas d’une seule voix, mais d’une même voix. Ce changement là, je l’ai déjà engagé.

Par Changer le Monde
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